Oreiller d'herbes de Sôseki

Publié le 26 Février 2016

Quand je viens admirer dans les montagnes les paysages naturels, tout est plaisant à voir et à écouter. [...]
C'est un endroit rude, idéal pour quelqu'un parti comme moi pour un voyage en quête d'impassibilité.

John Everett Millais 1851/1852
John Everett Millais 1851/1852

Ce sont les réflexions d'un peintre et poète qui se retire dans la montagne. Il tombe amoureux en quelque sorte d'une Ophélie (celle de Millais, l'héroïne d'Hamlet).
Ce roman est comme un temps suspendu, un beau voyage parsemé de poèmes dans le contexte de la guerre sino-japonaise.
Sôseki restitue avec un soupçon de mélancolie les variations d' un paysage,
compare les couleurs d'une palette occidentale et orientale,
évoque la peinture sur le motif en extérieur.

" Je m'assois sur le siège pliant et je promène mon regard sur les éléments qui vont nourrir mon tableau. C'est le pin, les bambous, le rocher et l'eau : mais je ne sais pas où arrêter cette dernière.[...] Les bambous se reflètent si nettement jusqu'au fond de l'eau qu'on a l'impression qu'ils ne s'arrêtent pas au niveau de la surface, mais qu'ils poussent sous l'eau."

Mais j'aimerais bien pouvoir montrer à Turner la couleur de cette crevette et de ces fougères. Car aucun mets occidental n'a de belle couleur. A la rigueur, la salade et les radis rouges. Je ne sais pas ce qu'il en est d'un point de vue calorique, mais d'un point de vue artistique, ce n'est pas une nourriture très évoluée.

"le grand défaut de l'art moderne, c'est que les artistes sont obsédés par le prétendu courant de civilisation qui les rend constamment vétilleux".
Le nu dans la peinture occidentale lui semble surfait.
Il considère le modèle comme une courtisane
puisqu'il se soucie
de son image ce qui nuit à sa beauté.

Le peintre se plairait certainement plus à coucher sur sa toile
une femme en train de se dévêtir pour le bain 

qu' un modèle allongé sur un lit banquette.
On pense alors à l'approche artistique de Degas.

 

Ce roman exprime aussi l'esprit furusato (ce goût pour le pays natal).
On ressent la nostalgie du citadin parfois "dépassé par la modernité"
comme en témoigne par exemple le regard du peintre sur le train.
Je vous laisse découvrir ce roman d'images pour partir ailleurs.

Au milieu du printemps
Ma mélancolie se mesure à la croissance des herbes parfumées
Les fleurs tombent silencieusement dans mon jardin vide
La cithare nue est posée sur le sol de la pièce déserte
L'araignée est suspendue à son fil
La fumée forme des volutes comme un paraphe au-dessus de l'auvent de bambou

Rédigé par Lilubelle

Publié dans #Regards

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