La céramique à iconographie religieuse dans la production de Creil, Montereau et Creil-Montereau au XIXème siècle

Carte Seine et Marne, Faïence Creil et Montereau

Carte Seine et Marne, Faïence Creil et Montereau

Ce n'est pas aussi prestigieux que "Les chevaliers-paysans de l'an mil au lac de Paladru".
C'est juste mon sujet de mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine soutenu avec Nadine-Josette Chaline à L'UPJV. Le fait religieux n'était pas vraiment ma préoccupation d'étudiante en histoire^^(censuré), j'étais surtout convertie à l'histoire des mentalités.
J'avais proposé 2 sujets ce dernier peut-être moins ludique que l'autre "le jouet de l'enfant de la Grande Guerre".

La ville de Creil a publié un catalogue avec quelques pièces remarquables de la production de faïence fine de Creil 1797-1895 à l'occasion de l'ouverture de la "maison de la faïence" distincte du musée Gallé-Juillet.

ici un pdf qui rappelle le sujet d'une expo consacrée au japonisme dans la faïence de Creil

AVANT-PROPOS

Comme l’a récemment rappelé l’exposition sur la céramique Jomon[1], la terre cuite a été utilisée, dès son apparition, comme support de l’iconographie religieuse.

Dans un premier temps, la malléabilité de l’argile est mise à profit pour dégager l’image du divin. Les formes modelées vont traverser l’espace et le temps et connaître, avec l’appoint du moule dès l’antiquité, une diffusion de plus en plus standardisée. Le procédé va contribuer à imposer un nombre de modèles relativement restreint, et se faire, en quelque sorte, le reflet de « l’iconographiquement correct » en matière de représentation religieuse. Il permet également, par de très bas coûts de production, de rendre la représentation pieuse accessible au plus grand nombre. Le succès des petites figurines de l’Enfant Jésus à la colombe, produites en terre à pipe dès la fin du Moyen âge, et si fréquentes dans l’Europe du nord-ouest, en est un bon exemple.

De la statuaire savante à l’objet de piété bon marché, la poterie accompagne la vie religieuse de tout le Moyen Âge et de l’époque moderne. A la charnière de ces deux périodes intervient une évolution essentielle, liée au comportement à table. La multiplication de formes de vaisselle offrant de larges surfaces planes (assiettes, plats) ou à faible convexité (bassins, écuelles) donne un formidable champ d’action aux décorateurs. Dans les régions méditerranéennes, les décorateurs de majoliques prennent le relais des peintres de la Renaissance. Cette évolution gagne très vite les zones septentrionales. Les célèbres productions du Beauvaisis en sont caractéristiques pour le XVIème siècle, avec une omniprésence affirmée des sujets religieux (monogramme du Christ a sgraffiato [2], maximes tracées sur le « marli »[3] des plats, « cupules » [4]ornées de la Sainte Face ou des instruments de la Passion, plats de la Passion...).

Le mouvement va encore prendre de l’ampleur au XVIIème siècle, dans pratiquement toute l’Europe. Les ateliers des Pays Bas et d’Allemagne multiplient les représentations d’Adam et ève, l’un des sujets les plus courants au début du siècle. Parallèlement, l’une des productions les mieux connues et les mieux datées (Enkhuizen

[1] L’apparition de la céramique, traditionnellement située en Mésopotamie ou au Moyen Orient, semble avoir eu lieu au Japon, vers 10 000 avant notre ère.

[2] Décor gravé au trait.

3 Voir le paragraphe I.B.3 : Nature et types d’objets étudiés

[4] Les cupules sont des disques de céramique, d’un diamètre inférieur à 10 cm, ornées par impression d’une matrice.

thématique remarquable incluant des scènes de l’Ancien Testament (Moïse et les Tables de la Loi), des épisodes de la vie du Christ et des représentations de saints. Dans une période de forts conflits religieux, la céramique offre un vecteur de premier ordre pour réaffirmer et populariser certains choix, comme le culte des saints. Le registre développé par les nombreux ateliers du Bas Rhin, durant la deuxième moitié du XVIIème siècle et pendant le siècle suivant, est particulièrement éloquent en la matière. La diversification des sujets est tout à fait remarquable et s’inspire des gravures diffusées par les colporteurs. La variété des représentations de saints s’efforce vraisemblablement de répondre à des commandes particulières. Elle vise aussi très certainement à satisfaire une clientèle locale (saint Georges, patron d’Englefontaine[1]), intention qui persiste chez les faïenciers (exemple de sainte Dorothée, patronne des fleuristes et par voie de conséquence du village de Fleury, Musée de Saint-Omer, inv. 83.74). On y discerne également des préoccupations corporatistes, avec en premier lieu la figuration de sainte Catherine, patronne des potiers. Les sujets tirés de l’Ancien Testament (sacrifice d’Abraham, Adam et ève chassés du Paradis Terrestre) et du Nouveau Testament (Adoration des Mages, Fuite en égypte, Noces de Cana, Cène) ont sans nul doute valeur éducative. La thématique relative à la Passion se diversifie et la Sainte Vierge prend une place beaucoup plus importante. La riche production de ces ateliers illustre deux autres phénomènes particulièrement intéressants : la représentation de thèmes familiers liés à la pratique religieuse (curé prêchant en chaire) qui s’intègrent à tout un répertoire de scènes de la vie quotidienne et la diversification des supports. Dans ce domaine, les carreaux de revêtement jouent un rôle particulier, à côté de petits objets utilitaires comme les bénitiers de chevet. Relayée par certains ateliers français comme Englefontaine, cette évolution gardera toute son actualité avec l’avènement de la faïence.

Devenue parlante par son décor, la céramique est susceptible d’entrer dans tous les foyers et s’impose au regard avec une banale efficacité. Primitivement réservés aux cheminées, les carreaux envahissent des pans de murs entiers. Dès le XVIIème siècle, des carreaux de faïence hollandais reproduisent des scènes tirées du Nouveau Testament. Importées dans la France septentrionale, ces productions sont reprises par les fabriques locales. Au XIXème siècle encore et au début du siècle suivant, de nombreux intérieurs de pêcheurs de la région de Boulogne-sur-Mer (Le Portel) sont ornés de panneaux figurant le Christ en croix.

[1] Célèbre village de potiers proche de Valenciennes, actif aux XVIIIème et XIXème siècle.

Cette pérennité de l’inspiration religieuse n’est pas l’apanage des seuls carreaux. Le plat à la crucifixion de François Caux (Musée de Boulogne-sur-Mer), réalisé à Desvres au XVIIIème siècle, reprend avec fidélité l’iconographie déployée sur les pièces en terre cuite vernissée de la période précédente. Lille et Bailleul réalisent également des pièces à décor religieux et des bénitiers de chevet.

Les fabriques de faïence fine vont donc s’appuyer, au XIXème siècle sur une tradition bien établie et pratiquement ininterrompue. L’adoption de procédés industriels va avoir pour conséquence essentielle de renforcer l’uniformité des productions, tout en enrichissant leur éventail, et d’accroître leur diffusion.

La reprise, voire la copie, d’un sujet à l’identique dans des centres potiers quelquefois très éloignés a pu être observée dès la Renaissance sans que l’on puisse souvent en connaître les modalités. Ce premier phénomène a précédé la répétition mécanique d’un même motif par impression. Le colportage des pièces elles-mêmes a pu en favoriser le plagiat, mais celui-ci peut tout aussi bien être lié à la circulation de modèles communs (gravures en particulier). En outre, la circulation des artisans explique sans doute bien des similitudes techniques et stylistiques. Par exemple, cet aspect a été mis en exergue pour la production des carreaux de faïence et la « migration » de certains pochoirs d’une région à l’autre.

INTRODUCTION

Au XIXème siècle, l’image se vulgarise grâce à la lithographie de masse ou à l’invention de la photographie. De 1861 à 1877, des clichés de Bernadette Soubirous sont notamment réalisés en studio et servent de matière première aux graveurs pour de nombreuses images pieuses[1]. Présente dans la vie privée, l’image devient indissociable de l’univers urbain : affiches publicitaires, journaux... Elle est même associée au texte des livres scolaires de l’école républicaine. Quant à son statut, il est à la fois diversifié et évolutif. Par exemple, l’image pieuse au cours du siècle glisse d’un rôle d’« outil » de médiation à celui d’objet de séduction à conserver[2]. Son histoire témoigne de l’existence d’un imaginaire religieux et les motivations des auteurs et des « consommateurs » diffèrent.

[ Pour Michèle Ménard « faire de l’Histoire avec des images, comme on fait de l’Histoire avec les autres traces laissées par le passé, c’est découvrir dans les images les questions auxquelles elles peuvent apporter une réponse historique, dans l’échange qu’elles instaurent entre celui qui les interroge et ceux qui les font naître, les ont crées, les ont utilisées. »[3]. Elle conseille d’étudier les messages véhiculés, après avoir analysé la nature du support utilisé. En ce sens, l’iconographie de la production des céramiques de Creil et Creil-Montereau est sans aucun doute digne d’intérêt, ne serait-ce que comme témoignage de la permanence de l’imaginaire religieux catholique dans la société du XIXème siècle. Les sujets peuvent refléter des valeurs idéologiques ou culturelles et leur étude permet même de toucher à l’intimité quotidienne du propriétaire de l’objet.

Le sujet n’ayant jusqu’alors pas été abordé en tant que tel (le précieux et incontournable ouvrage sur la manufacture de Creil de Maddy Ariès couvre un champ beaucoup plus vaste), un travail de prospection permettant d’établir un inventaire s’est avéré nécessaire. Sans prétendre à l’exhaustivité, il semble suffisamment fourni pour asseoir la description des sujets et l’analyse des motifs décoratifs. Il peut ultérieurement servir de base à des études comparatives. Peu représenté dans les collections publiques et privées assez

[1] Langlois C., «Photographier des saintes: De Bernadette Soubirous à Thérèse de Lisieux», Histoire, Images, Imaginaires (fin XVe siècle - début XXe siècle), Actes du colloque international des 21-22-23 mars 1996 tenu à l'Université du Maine, Le Mans, 1998. p. 261 à 272.

[2] Vircondelet A., Le monde merveilleux des images pieuses, Paris, Hermé, 1988.

[3] Ménard M., « Faire de l’Histoire avec des images / la quête des imaginaires », Histoire, Images, Imaginaires (fin XVe siècle - début XXe siècle), Actes du colloque international des 21-22-23 mars 1996 tenu à l’Université du Maine, Le Mans, 1998. p. 17 à 31.

Faïence Creil et Montereau, La jardinière

Faïence Creil et Montereau, La jardinière

Aujourd'hui il est possible de consulter en ligne une banque iconographique

à cette adresse.

 

 

 

Bénédiction des bateaux au moment du départ pour la pêche

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Rédigé par Lilubelle

Publié dans #Regards

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